Assembler du Dehors
2024 → Conférence & atelier : Une géoscénographie à l'épreuve de Cerisy, Cerisy-La-Salle, France
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“La géoscénographie surgit d'une volonté de sortir du bâtiment théâtral pour aller vers un théâtre du dehors. Le préfixe géo vient donner du sens à une discipline renouvelée par les lieux qu'elle investit et qui cherche à déceler dans les traces qu'elle repère, les énigmes de sa dramaturgie. Le plateau s'ouvre ainsi sur le monde qu'on observe, qu'on écoute et que l'on ressent pour pouvoir ensuite le révéler autrement. Par ce renversement, ce n'est pas tant la scénographie qui transforme le monde mais plutôt le monde qui la transforme. En devenant plus présent à nos yeux, nous devenons nous aussi plus présent au monde. Il y a comme une augmentation de présence. En reprenant le fil d'une pensée de Francesco Carreri lorsqu'il fait allusion à l'artiste qui marche, le projet de la géoscénographie entend inscrire dans le corps de l'artiste-chercheur une compréhension plus profonde du monde, lui permettant de mesurer à la fois l'espace et le temps et ainsi refléter la structure physique de la croûte terrestre. Si Carreri propose qu'en marchant l'artiste opère une transformation du territoire sans avoir à intervenir matériellement sur le lieu de son errance. La géoscénographie entend œuvrer à partir de cette expérience terrestre. Elle en fait le matériau principal de sa création artistique.
Ainsi la géoscénographie s'organise en trois temps. Il y a d'abord la scénarisation d'un processus créatif qui suppose l'écriture d'une dramaturgie à déployer dans un lieu choisi. Il y a ensuite sa mise en œuvre pratique — cette étape suppose une mise en relation avec un lieu par une action pragmatique comme la marche, la fouille, le traçage, le pistage, l'écurage ou autre. Il y a enfin la création d'une forme — plastique, narrative, fictionnelle, ou scientifique — à partir des éléments récoltés par l'action menée dans le lieu investi.
Pour Cerisy, nous mettrons à l'épreuve du public les deux derniers temps de la démarche géoscénographique. Ainsi, le lundi 23 septembre, nous activerons une expérience commune préalablement scénarisée dans un lieu choisi. Le canevas de cette expérience permettra de brouiller les catégories, délimitations, et autres frontières entre évènement pragmatique, recherche, processus et performance. Nous observerons à cette occasion, si la consigne donnée agit ou pas sur la qualité de notre présence à la fois individuelle et collective et si celle-ci est capable d'augmenter notre expérience spatiale et sensible du lieu. Le mercredi 25 septembre, nous restituerons une forme ou un projet de forme — plastique, narrative, fictionnelle, ou scientifique — à partir de l'expérience partagée des lieux du colloque. Cette présentation pourra faire intervenir les personnes ayant participé à l'expérience commune du 23 septembre.”
“Geoscenography stems from a desire to move away from the theatrical building and towards a theatre of the outside world. The prefix geo gives meaning to a discipline that is renewed by the places it invades and seeks to detect the enigmas of its dramaturgy in the traces it finds. In this way, the stage opens up to the world we observe, listen to and feel, so that we can reveal it in a different way. In this reversal, it is not so much the set design that transforms the world, but rather the world that transforms the set design. By becoming more present to us, we ourselves become more present to the world. There is a kind of increase in presence. Picking up on a thought by Francesco Carreri when he refers to the walking artist, the geoscenography project aims to inscribe in the body of the artist-researcher a deeper understanding of the world, enabling him or her to measure both space and time and thus reflect the physical structure of the earth's crust. Si Carreri proposes that by walking, the artist can transform the territory without having to intervene materially in the place where he wanders. Geoscenography intends to work from this terrestrial experience. It makes it the principal material of its artistic creation.
Geoscenography is therefore organised in three stages. First there is the scripting of a creative process, which involves writing a dramaturgy to be deployed in a chosen location. Then there is the practical implementation - this stage involves establishing a relationship with a place through a pragmatic action such as walking, digging, tracing, tracking, barnstorming or whatever. Finally, there is the creation of a form - plastic, narrative, fictional or scientific - based on the elements gathered by the action carried out in the place invested.
For Cerisy, we'll be putting the last two stages of the geoscenographic process to the test. On Monday 23 September, we will be activating a shared experience that has already been scripted in a chosen location. The framework of this experience will enable us to blur the categories, boundaries and other borders between pragmatic event, research, process and performance. On this occasion, we will observe whether or not the instructions given affect the quality of our presence, both individually and collectively, and whether they are capable of enhancing our spatial and sensitive experience of the place. On Wednesday 25 September, we will present a form or a project for a form - visual, narrative, fictional or scientific - based on our shared experience of the conference venues. This presentation could involve the people who took part in the shared experience on 23 September.”
Carolina E. Santo & Christelle Nicolas
https://cerisy-colloques.fr/artsvivants2024/#Atelier-Geoscenographie